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Côte d’Ivoire: Analyse de la situation politique

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Côte d’Ivoire: Analyse de la situation politique

Pays politique, pays économique, pays militaire : le pouvoir est-il capable de faire la différence ? / Christian Gambotti

Le pays politique

Le grand mérite d’Alassane Ouattara est d’avoir inscrit la politique dans le calendrier normal des élections que suppose une démocratie. Les élections ont lieu, libres et transparentes. Ces élections décident de la composition du pays légitime. Depuis 2010, le RHDP remporte toutes les élections. A l’issue des législatives du 18 décembre 2016, la coalition présidentielle, conserve la majorité absolue à l’Assemblée nationale avec 167 députés sur 255.  L’entrée dans la IIIè République se caractérise par une grande stabilité politique. C’est donc tout naturellement que Daniel Kablan Duncan (PDCI), démissionnaire de son poste de Premier ministre, a été nommé Vice-président, devenant ainsi le deuxième personnage de l’Etat. C’est tout aussi naturellement que le secrétaire général de la présidence, Amadou Gon Coulibaly, a été nommé Premier ministre. Et c’est encore tout aussi naturellement que Guillaume Soro a été réélu, avec plus de 95 % des voix, Président de l’Assemblée nationale. Duncan, Amadou Gon, Soro : personne ne conteste ces choix, tant les personnes ont les qualités requises pour occuper ces postes.  En apparence, tout va pour le mieux dans le pays politique. Mais déjà, des voix se font entendre sur l’air de : « Mais, qu’y-a-t-il de nouveau ? »

Le pays économique
Comme le dieu Janus, à la fois dieu de la guerre et dieu de la paix, le pays économique présente deux visages. Pour le pays, tous les voyants économiques sont au « vert ». La Côte d’Ivoire connaît, depuis 5 ans, une croissance forte et durable, la plus forte de tout le continent avec, sur 5 ans, une moyenne à plus de 9 %. Des pans entiers de l’économie, autrefois sinistrés, sont relancés. Les investisseurs affluent. Les bailleurs de fonds internationaux répondent aux besoins de financement de l’économie ivoirienne. Investissements, développement, le pays est en plein boom économique. Mais, le malaise social reste profond en Côte d’Ivoire. Le pays politique se retrouve soudain à l’épreuve du pays économique et social : la croissance économique n’est pas suffisamment inclusive, ni partagée La croissance n’est pas pour nos assiettes, disent les Ivoiriens. La politique déçoit face à la hausse des prix. Qui peut se loger ? Se nourrir ? Se soigner ? Financer les études de ses enfants ? Payer son transport ? Sa facture d’électricité ? Ce mécontentement social est en train de se répandre dans toute la société ivoirienne : mouvements de grève, contestation… Qui dit la vérité au Président Ouattara, pourtant le seul à pouvoir maintenir la stabilité politique et assurer le redressement du pays ? Qui le renseigne ? On dirait qu’il a découvert la grogne sociale en mai 2016, la grogne des militaires en janvier 2017 ? Les ministres et les conseillers ont tendance à vouloir chanter l’air de « Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien… ».

Le paysage militaire
Le pays militaire reste l’impensé radical de la Côte d’Ivoire nouvelle. Il ne s’agit pas de revenir sur l’histoire récente du pays : les forces nouvelles, la rébellion, la partition du pays, la guerre civile. Il s’agit de parler de l’armée, dont personne ne veut parler, ni de sa situation, ni du commandement, ni des difficiles conditions de vie des militaires. Aucune démocratie ne peut assurer sa sécurité sans une armée forte. Or, l’armée ivoirienne est, paraît-il, en cours de réorganisation. Elle a, aujourd’hui, plus d‘officiers que de soldats, des conditions de vie déplorables pour les militaires et leur famille, des casernes disséminées sur tout le territoire, sans véritable cohérence. Des « experts » militaires français, payés par une fortune, réfléchissent, émettent des rapports. Pourquoi n’interroge-t-on pas directement les soldats ? Les mutineries de militaires annoncent souvent des jours difficiles. Face à la grogne des militaires, les ministres de la Défense s’immobilisent, comme les chœurs de l’opéra, pour mieux chanter, devant les télévisions, « Marchons ! Marchons ! » Mais, rien n’avance, car les promesses ne sont pas tenues. Ouattara vient de mettre fin aux fonctions du Chef d’Etat-major des armées et des Directeurs de la police et de la gendarmerie. Et après, disent les militaires et les forces de l’ordre ?

La fracture entre le pays légitime et le pays réel
Le pays légitime est celui qui est sorti des urnes. Aucune contestation possible : la légitimité du RHDP est totale. Depuis 2010, toutes les élections viennent conforter cette légitimité de la coalition présidentielle. D’ailleurs, le pouvoir multiplie les vecteurs de cette légitimité : Vice-présidence, Sénat, Chambre des Rois et des Chefs traditionnels, nouvelle constitution avec des avancées démocratiques. Mais, le RHDP, comme tous les partis au pouvoir, est victime, justement, de l’usure du pouvoir. Les signes de cette usure sont : la montée de l’abstention et, aux dernières législatives, la victoire de nombreux candidats indépendants. La majorité pléthorique du RHDP à l’assemblée nationale ne doit masquer l’existence du pays réel. Ce pays réel ne remet pas en cause le Président de la République, mais il exprime de plus en plus son mécontentement. A trop vouloir ignorer le pays réel, prendre les mêmes et continuer comme avant, un pouvoir finit par perdre toute crédibilité.
Ouattara vient de nommer son Vice-président et permettre à Soro d’être réélu président de l’Assemblée nationale. Il a choisi Amadou Gon comme Premier ministre. Et après, disent les Ivoiriens ?  Surtout, si le nouveau gouvernement n’est pas nouveau.

 

Source: http://politikafrique.info/tribune-christian-gambotti-2/

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