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Super arsenal de lutte anti-drones

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DÉMONSTRATIONS. Vendredi 18 novembre 2016, sur la base aérienne de Villacoublay au sud-ouest de Paris, un pilote de drone fait décoller sa machine. L’engin s’élève dans les airs et s’éloigne doucement vers le fond du tarmac. « Maintenant, imaginez qu’il s’agisse d’un drone paparazzi, commente une voix dans les hauts-parleurs. Nous allons donc couper la liaison vidéo ». Pas évident de savoir lequel des nombreux dispositifs déployés sur le bord de la piste ou montés sur la camionnette postée à quelques dizaines de mètres de là entre alors en action, mais le pilote quitte soudain son écran des yeux pour poursuivre le pilotage de sa machine à vue. « Maintenant, nous allons couper les transmission ! » poursuit la voix du haut-parleur. Une seconde plus tard, le pilote soulève sa télécommande et en actionne ostensiblement les joysticks devant le parterre de journalistes. Dans les airs, sa machine ne répond effectivement plus aux injonctions. Elle flotte un instant avant de descendre progressivement vers le sol où elle se posera délicatement. « En fait, tout dépend des modèles de drones » nous expliquera plus tard Nicolas Vellas, directeur général de la société MC2 Technologie. « Certaines machines bas de gamme tombent comme des pierres lorsque la transmission est coupée. D’autres réduisent progressivement la vitesse de leurs rotors afin de se poser, tandis que certaines déclenchent une procédure de retour automatique à leur point de départ ».

En 2014, les drones apparaissent soudain comme une menace potentielle

Cette démonstration plutôt convaincante de plusieurs procédés de détection, d’identification et de neutralisation des drones civils était organisée par le Secrétariat général de la défense et la sécurité nationale (SGDSN) et l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Elle était l’occasion de faire le point sur l’avancement et l’intégration de « nombreuses briques technologiques » développées en un temps record, suite aux incidents survenus fin 2014. En effet, il y a tout juste deux ans, une vague de survols sauvages au-dessus de centrales nucléaires, de bases militaires ou de sites urbains sensibles par des drones avait semé le trouble dans l’hexagone. Petits, rapides, discrets, bon marché et capables d’emporter dans les airs une petite charge (quelques kilos), les drones sont soudain apparus comme une menace potentielle. À plus forte raison que leur marché connait une véritable explosion. « Il y aurait en France un parc d’environ 400.000 drones de loisirs, chiffre Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Et il s’en vend chaque année environ 100.000 dans l’hexagone ». Ces drones représentent effectivement, de par leur démocratisation, une menace protéiforme. Outre l’atteinte que ces caméras volantes peuvent constituer à la vie privée, elles peuvent également occasionner des blessures si d’aventure leur pilote en perd le contrôle au-dessus d’une zone peuplée ou en cas de collision avec un avion ou un hélicoptère. Dernier incident en date : le 14 novembre 2016, un avion de ligne canadien a dû effectuer une manoeuvre d’évitement en urgence pour esquiver ce qui ressemblait fortement à un drone sur une trajectoire de collision avec l’appareil. De plus, si ces machines peuvent transporter avec vélocité une caméra, elles peuvent potentiellement faire de même avec une petite charge explosive ou un agent biologique dangereux. L’État islamique ou le Hezbollah ont d’ailleurs déjà utilisé des drones civils artisanalement militarisés.

Pour parer ce type de menace, un appel à projet « flash » avait été lancé. Après analyse des 24 dossiers de candidatures, trois solutions se sont partagées un financement de 1,5 million d’euros. Il s’agit des projet Boréades, Angelas et SPID. Leur objectif : mettre en place en 12 à 18 mois des démonstrateurs technologiques opérationnels capables de sécuriser des zones sensibles vis-à-vis des drones aériens. Ces projets se sont achevés fin octobre 2016 avec un degré d’avancement suffisant pour déboucher sur la mise sur le marché de certains produits. En voici quelques un, parmi ceux présentés durant cette démonstration :

  • Le fusil brouilleur

Développé par la société MC2 technologies, dans le cadre du projet Boréades, ce dispositif est capable de neutraliser un drone à vue (300 m environ). Il peut brouiller au choix la liaison radiocommandée, le flux vidéo émis en direct par la machine volante ou son signal GPS. Il pèse une dizaine de kilos et sa batterie, portée sur le dos, lui octroie environ 8 heures d’autonomie. Il est commercialisé entre 20.000 et 30.000 euros.

  • La bulle de détection

Ce dispositif également développé dans le cadre du projet Boréades consiste en trois grappes de caméras optiques qui filment dans le spectre visible à 360°. Au centre, une caméra infrarouge permet de repérer la chaleur dégagée par les moteurs et la batterie des drones, tout en permettant au système d’être opérationnel de nuit. Cette station constitue le dispositif de détection à courte portée (300 m). Et son tarif est approximativement de 300.000 euros. Ses performances et sa portée peuvent être accrues par l’adjonction d’un radar, d’une tourelle de visée, ou d’un dispositif de « neutralisation électromagnétique ».

  • Le dispositif de leurrage GPS

Pour désorienter un drone, trois options sont possibles. Il est possible de brouiller les transmissions entre la machine et la télécommande, de tenter de le hacker afin d’en prendre le contrôle ou, enfin, de le tromper sur sa position réelle en lui envoyant de fausses coordonnées GPS (ce qui permet ensuite de l’emmener où l’on souhaite en « glissant » artificiellement la carte GPS sous la machine). C’est cette dernière solution qu’a développé l’entreprise Spectracom, partenaire du projet Boréades. « Cela fonctionne très bien en laboratoire » nous ont expliqué ses concepteurs. Mais il est pour le moment interdit de tester (et encore moins de déployer) cette technologie sur le terrain. En effet, si ce dispositif est efficace pour leurrer un drone sur sa position, quel effet peut-il avoir sur un avion qui aurait le malheur de couper lui aussi la trajectoire du faisceau ?… Le développement de cette technologie est donc étroitement lié à l’évolution des contraintes réglementaires.

  • L’identification audio

Cinq micros directionnels orientés selon les trois dimensions permettent, après traitement du signal, non seulement une détection acoustique des drones, mais aussi une identification du type de machines et de sa phase de vol (décollage, atterrissage, vol stationnaire…) assure Hervé Glottin, chercheur à l’Université de Toulon et développeur de ce dispositif dans le cadre du projet SPID. Certes, le système voit ses performances se dégrader dans un environnement bruyant ou trop venté, mais cette lacune peut se compenser en mettant en place plusieurs dispositifs de ce type.

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